Il faut sacrifier le soldat Ribéry

Publié le par Adel TAAMALLI

La valeur d'une équipe de football ne se fait pas uniquement qu'à la somme des talents individuels des joueurs la composant. C'est pourquoi la tactique tient une grande place dans le travail des entraîneurs. Il s'agit d'imprégner à un agrégat d'individualités une force collective, une cohérence de groupe.

L'équipe de France de football en est un exemple : ne trouvant pas son bonheur dans le désormais antique 4-2-3-1 qu'il nous sert depuis la l'accession à la finale en Coupe du monde, Raymond Domenech a opté pour un 4-3-3 à vocation offensive. Il est devenu l'élève de Guy Roux et le copieur du FC Barcelone. Malheureusement pour la France, dont l'équipe est composée de joueurs de grands talents évoluant dans les plus grands clubs européens, cette métamorphose tactique n'a pas porté.

Doit-il dès lors l'abandonner ?


Pourquoi le choix du 4-3-3 ?

Le choix de cette disposition tactique a permis à Raymond Domenech de réunir dans une même équipe, et à gauche, F. Ribéry (en tant qu'attaquant gauche) et F. Malouda (en tant que milieu relayeur gauche). A droite, les rôles sont tenus par S. Govou et Y. Gourcuff. Indéniablement, nous pouvons dire que le côté gauche de l'équipe a été pour l'instant globalement bien plus performant que le côté droit, dont la force s'est éteinte au fil des matches de préparation. Toutefois, aucun des buts inscrits par la France lors de ces matches n'est venu après un travail d'animation offensive côté gauche.

C'est là le plus grand pêché de l'équipe de France : le peu d'animation offensive. Un défaut beaucoup plus lourd que la défense centrale car en Coupe du monde, E. Abidal n'aurait pas laissé le joueur costaricain frapper et marquer et W. Gallas aurait sans doute taclé sur F. Ben Khalfallah (avec bien évidemment le risque de pénalty que cela aurait induit)

L'animation offensive dans le 4-3-3

L'équipe de France, depuis plusieurs années maintenant, n'arrive plus, lorsqu'elle est aux abords de la surface de réparation du camp d'en face, à déjouer l'adversaire. Tout se passe comme si celui-ci anticipait à l'avance le jeu de passes français stéréotypé qui cherche continuellement à contourner le bloc défensif , plutôt qu'à le perforer, comme le font habituellement l'Espagne, les Pays-Bas ou l'Italie.

Le changement tactique depuis le début des matches de préparation n'a pas fondamentalement changé la donne. On essaye toujours de contourner le bloc défensif par les côtés, soit individuellement (Ribéry), soit collectivement (surtout par le côté gauche), mais les centres qui en résultent, difficiles à tenter lorsqu'il n'y a qu'un seul attaquant au milieu d'au moins 3 joueurs, n'arrivent pratiquement jamais à destination. D'ailleurs, l'évolution tactique récente fait que nous voyons de moins en moins de buts arrivant par des centres dans une action de jeu après un débordement le long de la ligne de touche « à l'ancienne », sans doute à cause d'un rétrécissement du nombre d'attaquants axiaux (on passe généralement dans toutes les équipes à un attaquant) ou parce que les défenseurs, plus grands aujourd'hui qu'avant, se placent en conséquence.

Les « attaquants de côtés »

Dans un 4-3-3, les « attaquants de côtés » sont des faux-ailiers. Ils sont en réalité des sortes d'inter du bon vieux temps. On devrait dès lors parlé d'un 4-1-2-2-1, une sorte de V-V inversé, en plus de la ligne des quatre défenseurs. Et ces deux joueurs doivent avoir la particularité de dézoner en phase offensive, c'est-à-dire de ne pas hésiter à varier les appels pour brouiller la perception qu'ont les défenses des attaques à venir.

Les deux angles des surfaces de réparation sont dans ce cas des points de repère pour eux. Leurs attaques, leurs conduites de balle, leurs déplacements se feront entre ces deux points, de manière à laisser les extrêmes côtés aux latéraux (ou parfois aux milieux relayeurs) et à créer un liant avec les deux milieux relayeurs et l'attaquant de pointe (qui n'est pas un buteur fixe qui ne participerait pas au jeu). Il s'agirait là de développer un dédoublement de passes jusqu'à trouver le décalage, bref de suivre ce qui se fait au handball.

Un 4-3-3 (ou 4-1-2-2-1) sans Ribéry

Dans cette perspective tactique, Raymond Domenech doit laisser F. Ribéry sur le banc. En effet, ce footballeur aux caractéristiques d'explosivité et de rapidité a besoin de profondeur pour s'exprimer. Il n'est pas à l'aise dans les petits espaces ni dans le jeu de passes en petit périmètres. Il est plus performant lorsqu'une équipe évolue en contre.

Or, au premier tour de la Coupe du monde à venir, il est fort à parier que les trois adversaires de la France seront attentistes et laisseront les clés du jeu à celle-ci. Et puisque la France ne pourra pas ne pas produire de jeu (sauf à rentrer dans un jeu d'échecs complexe, ce qui n'est pas la caractéristique première d'un Raymond Domenech), elle rencontrera les mêmes difficultés que lors des matches de préparation.

La composition du 4-1-2-2-1

En défense, la même ligne de 4 que lors des derniers matches : de droite à gauche, Sagna, Gallas, Abidal, Evra (exemplaire dans son rôle de capitaine)

Milieu défensif : Toulalan (son abbatage énorme le rend indispensable dans ce rôle. Il doit néanmoins participer le moins possible aux offensives afin de sécuriser les pertes de ballon éventuelles)

Milieux relayeurs : Diaby, Gourcuff (à défaut de la présence de Nasri qui aurait amené un plus technique indéniable)

« Attaquants de côté » : Malouda (plus à l'aise dans les petits espaces que Ribéry dans la perspective d'animation offensive décrite plus haut), Valbuena (qui a montré à Marseille qu'il affectionnait le jeu à peu de touches de balle dans les petits espaces)

Attaquant de pointe : Anelka (il doit continuer à pouvoir dézoner et participer au jeu. Cela multipliera les solutions pour l'équipe et il pourra mettre en valeur sa technique chaloupée rare. Si Benzema avait été sélectionné, il aurait été idéal de voir celui-ci occuper le poste, à l'exemple de ce qu'il faisait à Lyon dans la même configuration. Anelka aurait été une alternative de taille à Valbuena).

Ribéry serait alors un joker de luxe, rentrant en jeu une fois que l'équipe aura ouvert le score, afin d'amener le feu dans des systèmes défensifs adverses amoindries du fait de la nécessité de produire du jeu pour revenir à la marque.


Il faut donc sacrifier le soldat Ribéry...du moins au premier tour et si la France garde le 4-3-3 (4-1-2-2-1).

Publié dans Acontrefootball

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