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Le blog d'Adel Taamalli

Le football vu dans la France des médias

3 Juin 2010, 21:52pm

Publié par Adel TAAMALLI

Selon le géopoliticien Pascal Boniface, dans un ouvrage célèbre ( "Football et mondialisation", 2006), le football reste une « passion exaltante ». En France, l'équipe qui la déchaîne le plus est sans conteste l'équipe de France (souvenons-nous de la nuit folle et exaltée du 12 juillet 1998, du jamais vu depuis la Libération de 1945). Pour autant, elle ne fait pas l'unanimité au sein des peuples de France...

Quel ne fût pas mon étonnement lorsqu'un certain Pierre Ménès (alias « Pierrot le foot pour l'occasion »), dans un des billets qu'il a fait publier dans un blog prisé par nombre d'amateurs de football, alors qu'il l'a intitulé "Tunisie-France : les notes" , de ne voir évalués et notés que les joueurs de l'équipe de France, le seul joueur tunisien cité ( F. Ben Khalfallah) ne l'étant qu'en tant que faire-valoir de sa critique acerbe sur la performance d'E. Abidal !?

Non pas que les commentaires de notre chroniqueur en chef manquaient de pertinence d'un point de vue footballistique pur (la critique sur Malouda par exemple est selon moi juste, voir la référence du blog en bas de page). Mais celui-ci ne peut ignorer que nous vivons dans un pays où résident des Français ou des personnes étrangères supportant ouvertement l'équipe de Tunisie. Il existe des centaines de milliers de personnes immigrés de Tunisie et ayant fait souche en France. Et nul ne doute que parmi cette population, il existe un grand nombre de férus de football, et que parmi ces derniers, une bonne partie supporte l'équipe de Tunisie.

Ainsi, nous sommes en droit de nous demander si Pierre Ménès, célèbre chroniqueur du Canal Football Club, n'est pas le symptôme d'une vision franco-française (voire franchouillarde ?) du football véhiculée par les principaux médias en France.

A mon sens, il existe deux raisons principales, inconscientes ou non, permettant cet état de fait. Alors que la première est d'ordre politico-identitaire, la seconde est qu'il existe parfois un manque singulier d'ouverture au "monde-près-de-chez-soi" de la part des médias footballistiques français, une véritable « franchouillardise ».


1. Le football comme vecteur identitaire


Comme le dit si bien un humoriste du nom de Jacques Mailhot, le football est « l'opium de l'électeur ». En flattant la fibre identitaire de tout à chacun (Français ou Tunisiens d'ailleurs), le football permet d'oublier les soucis quotidiens.

Pour peu que l'équipe de France gagne la Coupe du monde cet été (ce qui, soit dit en passant est impensable selon moi, sinon j'aurais acheté une télé !), et la réforme des retraites si sensible passera presque comme une lettre à la Poste.

Le football a un rôle social. Et les hommes politiques français l'ont bien compris, eux qui ont appuyé fortement (par leur présence et par la promesse de dizaine de millions d'euros de subsides) la candidature française à l'organisation de l'Euro 2016, sur laquelle les médias ont d'ailleurs glosé indéfiniment sans s'émouvoir un tant soit peu de cette forme d'injustice que de voir la France se faire attribuer son troisième Euro, alors que sa concurrente directe, la Turquie, n'a jamais accueilli la moindre compétition internationale.

La flatterie de l'identité française passe avant toute autre considération.


2. Le manque d'ouverture d'esprit


Et c'est là que le bât blesse. Il n'y a, dans les grands médias, quasiment aucune prise en compte des passions footballistiques existantes en France autres que celles pour l'équipe de France de football.

Nous avons vu plus haut ce qu'il en était de la chronique de Pierre Ménès et de sa passion journalistique exclusivement franco-française.

Prenons l'exemple d'une séquence médiatique suivie avec attention et apparaissant dans le Canal Football club, le Vuvuzela, présenté par Jean-Charles Sabatier.


Le Vuvuzela, du nom d'un célèbre instrument de musique traditionnel utilisé abondamment dans les stades de football sud-africains, est une chronique hebdomadaire sur la Coupe du monde. Et quelles sont les principales informations égrainées par le chroniqueur, celles qui remplissent le plus de temps dans son intervention ? Ce qu'il advient de l'équipe de France bien sûr, mais aussi des équipes du "Groupe A", celui de l'équipe de France (les nations n'étant pas choisies pour elles-mêmes mais bien parce qu'elles vont affronter la France).


On y parle si peu, par exemple, de l'Algérie. Doit-on rappeler qu'une très forte communauté algérienne vit et consomme les médias en France ?

Autre exemple, à la suite du match Tunisie-France, dimanche soir sur I-Télé, tout au long des rediffusions de la nuit, le déroulant présenté en bas de l'écran donnait F.Ben Khalfallah buteur de la soirée pour l'équipe de Tunisie. Le but avait été marqué en réalité par I.Jemaâ. Cette erreur défilait à l'instant même où était retransmis le reportage sur le match et donc les buts. Pourtant, ces deux joueurs sont des pensionnaires du championnat de France. Sont-ils donc des inconnus pour les journalistes sportifs français ?

Ironie flagrante comme révélateur d'un amer constat : la "franchouillardise" empêche parfois l'effort journalistique d'objectivité, notamment vis-à-vis des lecteurs ou spectateurs. Et elle ne cherche pas à relever les fautes absurdes qu'elle peut commettre.


Espérons, à tout le moins, que Pierre Ménès nous aura entendu et qu'à l'avenir il se lancera dans la notation des joueurs adverses de l'équipe de France, à fortiori lorsque parmi leurs supporters exaltés, il y en ait vivant à l'intérieur même de l'hexagone...

Pour consulter le billet de Pierre Ménès en question plus haut, voir

http://fr.sports.yahoo.com/fo/pierrotlefoot/article/1239779/

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