Le rêve algérien

Publié le par Adel TAAMALLI

Après la défaite de la France contre l’Afrique du Sud aujourd’hui (1-2), Thomas Enjijol, célèbre chroniqueur humoristique et désolé pour les Bleus, s’est exprimé sur le plateau du Grand Journal (Canal +) dans un sens peu flatteur pour la francophonie du football, en disant que du fait des déceptions africaines du mondial (Cameroun, Côte d’Ivoire…), nous vivrons en perspective une « catastrophe intercontinentale (sic) ». Si un « représentant » des franco-maghrébins (appelons-le Youssef) de ceux qui ont sifflé la Marseillaise pendant les matches France-Algérie (6/10/2001, score : 4-1), France-Maroc (16/11/2007 : 2-2) et France-Tunisie (14/10/2008, score : 3-1) avait été présent, il se serait sans doute réjoui de la débâcle française dans cette Coupe du monde. Peut-être alors un médiateur (Saber par exemple), soucieux de la bonne entente entre les communautés de France, même dans le football, aurait tenu le discours suivant, servi par une éloquence et une connaissance de football hors pair.

Paroles de Saber, sur le plateau du Grand Journal, le mardi 22 Juin 2010, au soir de l’élimination de la France :

« Aujourd’hui, c’est vrai, la France s’est faite éliminée sans gloire de cette Coupe du monde. Les bleus, par les récentes polémiques dont les feus n’ont pas encore cessé de continuer de s’embraser, ont propagé chez les Français un sentiment honteux de décomposition identitaire.

« Domenech a préféré ne pas sélectionner Nasri, Benzema et Ben Arfa. Pour le premier de ces joueurs, ce choix est inadmissible. Dois-je rappeler le pouvoir technique de pénétration des défenses adverses regroupées que ce joueur a développé dans le grand club d’Arsenal ? Quant au deuxième, sa non-sélection est ubuesque tant son bagage technique et sa science du déplacement sur le front de l’attaque aurait servi l’animation offensive de l’équipe de France. Pour le troisième, enfin, sa non-participation à la Coupe du monde est moins discutable à cause de sa réputation sulfureuse qu’il égraine à cause son comportement parfois antisocial. Mais celui-ci n’annule pas sa capacité d’administrer un grand nombre de passes décisives. C’est pour cela que je comprends le désamour entre l’équipe de France et une partie des Français d’origine maghrébine. Pour autant, Youssef, siffler la Marseillaise n’est pas une attitude empreinte de dignité puisque celle-ci manque de respect vis-à-vis de personnes pour qui ce chant est de l’ordre du sacré.

« Or, conscient du poids énorme du football dans nos sociétés modernes, à fortiori lorsqu’il est joué en Coupe du monde, j’aimerais que ce sport soit l’occasion de tisser des liens forts à l’intérieur de la société multiple de France. Alors que deux des quatre premières nations éliminées de ce mondial sont francophones (Cameroun et France en plus de la Corée du Nord et de l’Afrique du Sud), et qu’il faudrait un miracle pour que la Côte d’Ivoire ne le soit pas aussi, l’équipe d’Algérie reste la dernière chance francophone dans cette compétition. Elle affronte en effet ce mercredi les Etats-Unis dans son dernier match du groupe C, une victoire offrant quasiment la qualification (selon le résultat de l’autre match du groupe entre la Slovénie et l’Angleterre).

« C’est ainsi que j’en viens à mon principal propos, qui est de demander au peuple français d’être derrière l’équipe algérienne. Après les nombreuses dissensions historiques entre les peuples des deux rives de la Méditerranée, nous avons besoin de voir une harmonisation de cœur chez les Français provenant de tous horizons, de souche ou d’origine maghrébine, Italiens ou Tunisiens par leurs ascendances. Non Thomas, nous ne vivons pas, du moins pas encore, de catastrophe intercontinentale. Pour montrer à leurs compatriotes d’origine algérienne qu’ils sont acceptés comme tels, à des Youssef, des Ali, des Nabila ou Samia, supporters de l’Algérie, je demande à tous les autres Français de supporter une équipe dont le onze de départ dans le match héroïque contre l’Angleterre vendredi dernier (0-0) était composée de dix hommes nés sur le sol français. Vous, les médias, M. Denisot, devez apporter votre soutien à cette équipe, qui est aussi française. C'est là une occasion historique. Je vote donc la France supportrice de l'Algérie, seule chance francophone du mondial».

Les polémiques des Bleus, s’ils eussent été moins grands, la face des médias de France aurait changé en donnant plus d’importance à une équipe maghrébine qui, elle seule, peut donner du rêve à la francophonie du football…

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