Florence, Sienne, Pise : Une douceur de vivre toujours aussi surprenante

Publié le par Adel TAAMALLI

Il est connu de tous que la Toscane est l’antre de ce que l’on appelle la dolce vita, cette agréable et unique musique, à l’italienne, que l’on rencontre à chaque coin de rue lorsque l’on s’y laisse perdre intentionnellement.

Elle attire du coup régulièrement des centaines de milliers de personnes, touristes ou autres, faisant de la région un lieu où règne une sorte de cosmopolitisme donnant naissance à une véritable Tour de Babel où se pratiquent une multitude de langues. Mais la Tour est si penchée parfois que l’attraction touristico-gravitationnelle sur des mêmes lieux (Florence, Sienne, Pise) oblige plus ou moins les gens à se concentrer soit sur leur propre groupe ou bien à s’extérioriser en utilisant le plus généralement ce qui est devenu notre lingua franca(1) à nous, l’anglais. C’est l’ambition de cette chronique « Acontretouristique » que de livrer une succincte description de cet état de fait.

Le cosmopolitisme tranquille de Florence :

Florence, du fait de son patrimoine immense autour de sa gigantesque cathédrale, le Duomo, a su être un endroit où des gens de peuples divers se retrouvent. Les habituels touristes, anglophones, hispanophones, francophones, germanophones et autres qui ne quittent jamais la place. Les étudiants de toutes origines, car à l’heure d’Erasmus, Florence est devenu une véritable auberge espagnole. Les portraitistes d’Afrique du Nord, qui, en l’échange de quelques couples d’euros, vous tirent d’une manière exceptionnelle. Les nombreux vendeurs ambulants, en très grande majorité sénégalais de la confrérie mouride(2) si puissante au pays, à tel point qu’un consulat sénégalais se situe juste en face du Duomo.

Toutes ces communautés se mêlent dans la ville durant la journée mais semblent disparaître de certains endroits la nuit, surtout la Piazza Santa Croce où est enterré le grand Michel-Ange. Là, plusieurs groupes de jeunes florentins s’agglutinent debout en petites assemblées, des bières à la main, donnant à ce lieu un aspect curieux de fête alcoolisée bruyante et publique mais intimiste et presque réservée. Il n’est sans doute pas aisé pour un touriste d’y trouver sa place même si l’attirance de s’y mêler est surpuissante.

A Florence, finalement, le plus important reste que la majesté des monuments suffit.

L’intimisme de Sienne :

Pour tout touriste connaisseur de la Toscane, Sienne, plus que Florence, est un chef d’œuvre architectural et artistique unique. Et il est vrai que son centre historique, toujours empli de touristes venus des quatre coins du monde, est magnifique à l’œil. S’y déploient, entre la cathédrale et le Palazzo Pubblico, des rues montantes ou descendantes de type essentiellement médiéval dans leurs dimensions et débouchant sur de grandes places, dont la fameuse Piazza del Campo. On y vit la contemplation silencieuse d’un patrimoine monumental prestigieux, ou l’interrogation bruyante de tels détails de décoration ou de tels agencements décidés par nos architectes passés.

Pour autant, être à Sienne, c’est se retirer de la fureur du monde pour retrouver l’appétit du touriste, avide de découvrir tout ce qu’il y a de découvrable. Sienne le lui rend bien d’ailleurs. Aucune immersion possible au sein d’une population italienne presque totalement absente. Plusieurs langues parlées dans les places et sur les terrasses des cafés. Pratiquement aucun échange intéressant si ce n’est à l’intérieur des groupes constitués.

Si à Sienne le touriste est assuré d’y passer un excellent moment, ce n’est que de façon grandiose mais intime, sans expérience originale inoubliable.

La fougue de Pise :

Pise est d’abord et avant tout célèbre pour sa Tour penchée, la Tour de Pise, un des monuments les plus connus au monde et qui fait, à jamais, partie du patrimoine et des symboles d’Italie. Elle est incontournable et une visite de la Toscane serait littéralement incomplète sans inventer les pauses photos les plus originales possibles dans cet endroit magnifié du milieu du haut de la botte italienne.

Cependant, inconnu est l’autre atout touristique majeur mais discret, constitué d’une sorte de chaleur humaine introuvable dans les deux autres villes décrites ci-dessus. Ici, au milieu d’un marché populaire, des personnes jouent à des jeux de société sous un chapiteau, observent les méandres de l’Arno paisiblement ou avec une pointe de nostalgie de la grandeur maritime passée de Pise, s’assoient sur une des terrasses de la Piazza delle Vettovaglie, la plus bruyante place de la Terre à cause de son acoustique particulière, ou échangent tranquillement et fructueusement avec des personnes d’autres horizons.

A Pise, la Tour penchée trône et les possibilités y sont multiples autour.

En Toscane, la musique de la dolce vita vous est finalement soit majestueuse à Florence, classique à Sienne, voire fantaisiste à Pise. Un détour par cette région est une découverte d’assemblages de peuples différenciés mais intéressants à observer et peut-être uniques au monde. Car en Toscane, à la différence de Stendhal (3), ce n’est pas l’étonnement du retour qui vous enchantera, vous adorerez plutôt les surprises que vous y rencontrerez…

(1) La lingua frinca est une langue historique utilisé dans tout le bassin méditerranéen et permettant une communication aisée entre les différents peuples de ses rives. Elle prit la suite de la langue latine du temps du Mare Nostrum

(2)Les mourides forment la communauté religieuse islamique la plus puissante en Afrique de l’Ouest et est très bien implanté au Sénégal

(3)"Ce que j’aime dans les voyages, c’est l’étonnement du retour." Citation de Stendhal

Publié dans Acontretourisme

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