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Le blog d'Adel Taamalli

Lettre ouverte à Wissam Ben Yedder

25 Janvier 2013, 23:20pm

Publié par Adel TAAMALLI

Wissam,

Lors de sa première rencontre lors de la CAN 2013, la Tunisie a pu vaincre la vaillante équipe algérienne grâce à un exploit dans les arrêts de jeu de l’espoir n°1 des Aigles de Carthage, Youssef Msakni. En tant que franco-tunisien fervent supporter du pays de mes ancêtres (comme toi, je suppose), cela m’a amené à réfléchir sur le potentiel explosif qu’aurait été une association de ce joueur avec les deux autres artificiers que sont Hatem Ben Arfa et toi-même. Imagine ! Les percussions du premier et l’aptitude de finisseur que tu possèdes, en plus du génie de Youssef Msakni…Un rêve à jamais inaccessible ?

En partie seulement, car en vertu des statuts de la Fifa, tant que tu n’auras foulé, ne serait-ce qu’une seule seconde, une pelouse en arborant les couleurs de l’équipe de France, tu resteras éligible à la sélection tunisienne. Cela, malgré ta récente décision de ne pas honorer cette dernière. C’est pourquoi je souhaite te donner les raisons qui, je l’espère, t’amèneront à revenir sur cette position.

Les précédents de Sabri Lamouchi et de Hatem Ben Arfa :

Tout rêve de footballeur, que, j’en suis sûr, tu partages, est de jouer la Coupe du monde.

Entrer sur le terrain à l’occasion de la compétition reine du football et connaître, à coup sûr, des sensations inégalables dans la carrière d’un joueur. Ou bien entonner l’hymne national ou l’écouter tout en laissant une larme de fierté nationale perler sur la joue sans en avoir honte. Ou encore être poussé par tout un peuple qui irait presque jusqu’à donner sa vie en s’époumonant à chanter les refrains des supporters si cela avait la chance de sublimer ta prestation. Et qui sait ?, marquer en cette occasion le but le plus mémorable de ta carrière.

Voilà des choses que Sabri Lamouchi ne connaîtra jamais. Et sans doute ni Hatem Ben Arfa qui a de fortes chances, malheureusement pour lui, de ne pas être sélectionné par Didier Deschamps lors de la Coupe du monde 2014, car, pour peu qu’elle parvienne à y accéder, la France aura construit pendant les qualifications une ossature qui exclura de fait ce bijou de joueur (affaire de l’euro 2012, blessures, performances en dent de scie malgré ses quelques grandes prestations à Newcastle et surtout difficultés relationnelles et d'intégration). Lors d’une de ses interviews, le premier expliquait comment Aimé Jacquet lui avait annoncé qu’il ne ferait pas partie de sa liste pour la Coupe du Monde 1998 sans lui donner d'arguments sportifs. Visionne là, c’etait plus que pathétique. Quant au second, dois-je te rappeler qu’il ne fit partie ni de l’équipe de 2006 ni surtout de celle de 2010 ?

Pense à tes devanciers, Wissam. Ne les oublie pas. Car nous, nous les rappellerons à ta mémoire.

Un peuple a besoin de ses héros :

Les Allemands du Miracle de Berne de 1954, « Captain Moore and co » en 1966 devant leur propre souveraine, la « bande à Cruyff » et leur football total de 1974, la fougue des Algériens de 1982, Roger Milla et sa danse en 1990, l’équipe « black-blanc-kabyle » de 1998 et bien d’autres encore…Tous ceux-là sont entrés dans le panthéon de leur propre peuple. Ils sont devenus des héros. Non pas seulement parce qu’ils ont bien joué au football. Mais surtout parce que leurs victoires rencontraient celles des leurs ou bien calmaient les amertumes du moment de leur patrie.

Ta chance de devenir un des leurs, si tu la saisis, c’est de jouer avec l’équipe nationale tunisienne. Avec tes qualités, ta place est assurée. Pour peu que l’exploit, toujours réalisable, soit concrétisé grâce à toi et aux Msakni, Ben Khalfallah, Khelifah, et te voilà parmi les héros d’un peuple, celui de la Tunisie, ton pays ! Participe donc aux qualifications avec celle-ci pour la Coupe du monde 2014 au Brésil.

Mais encore faut-il que tu sois habité par la flamme, celle qui a brulé pendant la longue et dure marche conduisant à l’indépendance de 1956 et qui fut rallumé pendant l’épisode révolutionnaire de 2011 !

Pourtant, tu dois être heureux du potentiel indéfini dégagé par l’accélération des événements de ces deux dernières années dans le pays du Cap Bon. Tu dois savoir les difficultés que la «Verte» rencontre aujourd’hui. Tu y es sensible, c’est certain. Puissent-elles te toucher ces lueurs d’espoir nées de la liberté récente que connait le peuple tunisien ! Ou ces difficultés qui s’étendent aujourd’hui dans ton pays (car la Tunisie est ton pays. N’as-tu pas été plus tunisien dans le temps que tout autre nationalité, comme nous tous d’ailleurs, car ta nationalité française, tu l’as acquise plus tard, en vertu du droit du sol ?) !

A chaque moment crucial dans l’Histoire, chaque nation a eu besoin de se héros. Stakhanov en URSS, Neil Amstrong aux Etats-Unis, Yasser Arafat en Palestine. Chacun de ses hauts personnages a joué un rôle dans l’attachement de ses compatriotes à leurs pays. Toutes proportions gardées, aujourd’hui, les sportifs en général et les footballeurs en particulier peuvent jouer un rôle relativement similaire, un rôle qui grandit un homme, qui te grandirait. De Maradona à Drogba, en passant par Roger Milla, Rabah Madjer et Hristo Stoïckhov, tu peux être de ceux-là. Premiers parmi les premiers !

Avant de finir, j’aimerais que tu médites sur cette phrase attribuée à César lorsqu’il passa par un petit village lors de sa campagne des Gaules, bien avant qu’il ne se saisisse du pouvoir : « je préfère être le premier ici que second à Rome »…

Article cité, avec reprises d'extraits, dans un de ses articles par le site des supporters du FC Toulouse, AllezTFC.Com

http://www.alleztfc.com/actu/les-tunisiens-reclament-ben-yedder,20590.html

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