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Le blog d'Adel Taamalli

Essai de définition de l’islam gallican

20 Février 2015, 18:21pm

Publié par Adel TAAMALLI

Jamais, dans notre pays, l’islam n’a été, autant qu’aujourd’hui, au cœur des préoccupations mondaines. Alors qu’une partie de la classe politique, gouvernement comme opposition, vient de lancer un débat sur la place de la seconde religion française, la vente d’exemplaires du Coran et les conversions à l’islam ont explosé au mois de janvier. Les attentats des 7 au 9 janvier derniers marqueront, peut-être, pour les historiens vivant dans un futur lointain, une césure dans l’Histoire de France, un changement d’époque comme le furent, à leur échelle et dans un contexte différent, l’assassinat de Sarajevo du 28 juin 1914 ou les attaques de New York et Washington commises le 11 septembre 2001.

Ils pourraient très bien constituer le point de départ à une conscientisation des effets positifs qui feraient suite à l’éclosion de ce que serait un « islam gallican », célébré voici près de vingt ans, au soir de sa vie, par Jacques Berque, éminent orientaliste admirateur du monde arabe.

Mais que recouvrirait alors cet islam gallican ? Quels seraient les « problèmes inédits », dont l’idée fut envisagée par le même Jacques Berque, qu’il aurait à solutionner ?

Un précédent historique : l’Eglise gallicane

Avant de poursuivre, il convient de rappeler succinctement les traits saillants de ce que fut l’Eglise gallicane, servie par une doctrine politico-religieuse, le gallicanisme.

Apparue bien avant la Révolution de 1789, lorsque la France était une monarchie de droit divin, son développement historique servit, au long des siècles, à briser la suprématie papale. Il s’agissait, pour faire court, de lui opposer la supériorité du concile des évêques et des décisions royales.

Le summum du gallicanisme fut sous doute atteint lorsque les prélats de France, sous Louis XIV, adoptèrent en 1682 les quatre articles énoncés par Bossuet, l’un des plus grands défenseurs de cette doctrine. Le roi, comme les évêques, étaient considérés comme supérieurs au pape, pour le premier dans les choses temporelles, pour les seconds en matière, entre autres, d’enseignement de la religion au sein de l’Eglise.

L’apparition du gallicanisme a par ailleurs été concomitante à la marche de la monarchie française vers l’absolutisme, à un moment même où la pensée politique se développa pour accoucher du concept de souveraineté absolue de l’Etat royal. L’indépendance de l’Eglise gallicane face au pape ne signifiait pas celle par rapport à l’Etat.

La fin du gallicanisme survint lors du Concordat de 1801, lorsque Napoléon et le souverain pontife établirent que les évêques devaient être nommés par l’Etat, mais recevoir l’approbation canonique du Vatican. Suivirent des concordats similaires avec d’autres religions (confessions israélite et protestantes).

Le concordat lui-même fut enterré par la loi de 1905 sur la laïcité qui donnait naissance à la séparation définitive entre les Eglises et l’Etat, celle-ci ne s’appliquant pas en Alsace et en Moselle car alors sous occupation allemande. Ainsi, exception de l’exception française, cette région et ce département, qui ne devaient retourner dans le giron français qu’à l’issue de la Première guerre mondiale, connaissent encore aujourd’hui le régime concordataire.

Eu égard à ce rapide rappel historique, tentons une première approche en répondant à la question suivante : l’islam gallican devrait-il aujourd’hui recouvrir exactement ce que l’on entendait par ce qui définissait l’Eglise gallicane ?

Une tentative de définition de l’islam gallican par l’exemple du financement des mosquées

La réponse à cette question ne peut, pour être audible, se faire sans se conformer à une sagesse temporalisée, c’est-à-dire si l’on ne puise pas dans les catégories de pensée telles que comprises par notre époque.

Principale de ces catégories, la laïcité, laquelle, comme rappelé ci-dessus, fit son entrée dans le droit en 1905, bien après le développement de l’Eglise gallicane. Rappelons que la laïcité au sens strict est le régime organisationnel qui interdit à l’Etat de reconnaître, de salarier ou de subventionner quel que culte que ce soit. Sauf que le gouvernement, qui n’a pas le droit de distribuer des subventions à une religion particulière, appelle au même moment à un arrêt des financements des mosquées provenant de l’étranger, sous le prétexte que ceux-ci auraient un pendant dommageable, l’influence d’un islam étranger (le salafisme et l’islam des Frères musulmans), dont les fondements et le développement sont loin des préoccupations hexagonales.

Comment trouver une réponse à cette contradiction et, ainsi, drainer des subventions nationales à même de répondre au besoin chronique de l’édification de grandes mosquées, puis à leur entretien, quand on sait que les populations musulmanes françaises font partie des groupes les plus défavorisés sur le plan des richesses et du patrimoine détenus?

Le but d’une réflexion sur l’islam de France devant être de penser, enfin !, celui-ci comme faisant partie intégrante de la République au sens large (et non des institutions laïques), il serait inopportun d’adopter des mesures de contournement non édictées au préalable par la Loi à la suite d’un long débat, telles que celles entreprises par Jean-Christophe Lagarde, maire de Drancy. Dans son désir louable d’aider la communauté musulmane de sa ville à disposer d’un lieu de culte décent, l’édile en oublia que l’intervention du public dans le religieux, même pour aider cette confession, de son propre point de vue, à s’affranchir de l’obscurantisme, suscite des réactions qui elles-mêmes donnent du grain à moudre aux crispations identitaires, d’autant que son choix de l’imam Chalghoumi est contesté par une bonne partie de ceux qu’il est censé représenter.

C’est pourquoi toute réflexion sur le financement des mosquées doit aboutir à des règles claires, sans contrevenir au principe de laïcité de l’Etat. Ceci marquerait, au demeurant, une différence avec l’Eglise gallicane du passé pour la simple raison que celle-ci se comprenait au sein d’un Etat qui reconnaissait le catholicisme romain comme la religion vraie. Mais cette même réflexion doit chercher à trouver les moyens de développer un islam français indépendant de l’étranger car devant se préoccuper de sujets qui regardent d’abord la société française. Et l’on trouverait ainsi une similarité à l’indépendance de l’Eglise gallicane du passé face au Vatican.

Une discussion s’est engagée sur la laïcité. Du côté de l’UMP, l’un des animateurs nommés par Nicolas Sarkozy pour débattre de la place de l’islam en France, Gérald Darmanin, préconise la réalisation d’un nouveau Concordat avec les religions. Selon lui, en effet, la laïcité ayant été pensée et introduite dans le marbre du droit français à une date à laquelle l’islam n’avait pas encore fait son entrée massive sur la scène sociétale française, elle en deviendrait comme obsolète et devrait être retouchée, cela, afin de parer à l’échec de l’intégration dont ont pâti les enfants d’immigrés de culture musulmane. Son condisciple, Henri Guaino, chargé avec lui de conduire cette discussion au sein de l’UMP, pense, au contraire, que l’on ne doit s’approcher des textes fondateurs de notre République « que d'une main tremblante ».

Notre sagesse temporalisée nous incline à être d’accord avec Henri Guaino sur ce point. Car le concept de laïcité tel que tiré du droit français est le résultat d’une dialectique pluriséculaire, dans laquelle ont dialogué ou se sont affrontés des éminents penseurs et théoriciens, et des courants divers, lesquels font partie de notre héritage commun. En outre, si la laïcité n’a pas prévu l’arrivée de l’islam, elle lui a en revanche laissé, par une sorte d’anticipation implicite, la liberté de se développer, pour arriver aujourd’hui à un état où il est à même de questionner son propre héritage pour définir le sens contemporain qu’il devrait imprimer dans l’esprit de ses adeptes.

Ainsi, à l’instar de Tariq Ramadan, nous devons appeler à l’application stricte et égalitaire de la laïcité. Seulement, cela ne répondrait pas au problème des financements. Il convient donc de trouver des dispositions juridiques qui ne remettraient pas en cause l’équilibre institutionnel de la France, lequel est né d’une riche et complexe Histoire.

Or celle-ci offre une ouverture, celle proposée par le régime concordataire toujours en vigueur en Alsace-Moselle.

En réformant la règle de la péréquation qui conduit l’Etat à reverser des subventions aux collectivités locales afin de lutter contre les inégalités territoriales, pourquoi ne pas créer une institution musulmane en Alsace-Moselle chargée de recevoir et de redistribuer les fonds publics selon les besoins des communautés musulmanes de toutes les localités du pays ? Dans cette optique, une des urgences consisterait en ce qu’à la suite des religions établies en Alsace-Lorraine, l’islam soit la prochaine reconnue par l’Etat dans cette région vivant sous le régime concordataire. Cela permettrait ainsi à ce qu’une institution islamique française, régie sous le système local très généreux de l’association de droit alsacien-mosellan, de surcroît réellement gallicane au sens du XXIème siècle, et enfin grâce à des financements exclusivement français et publics, se développe à partir de ce territoire, tout comme l’Eglise catholique bénéficie, depuis 1905 et sur tout le territoire, de l’entretien de ses lieux de culte par l’Etat français du fait qu’ils furent déclarés propriétés de celui-ci.

C’est ainsi que l’édification et l’entretien de mosquées françaises, tout comme le salaire de leurs desservants, et même, la formation des imams et des aumôniers musulmans, trouveraient les revenus nécessaires à leur mise en place. Le régime concordataire pourrait l’autoriser…

Mais une autre question intéresse au plus haut point l’islam de France, afin qu’il devienne gallican. C’est celle de son développement théologique. Problématique que nous traiterons dans le chapitre suivant, en prenant deux exemples concrets : la conquête spatiale, ce qui peut paraître incongru d’un premier abord mais garde, nous le verrons, toute sa pertinence, et les mariages mixtes, notamment entre des femmes musulmanes et des hommes non-musulmans.

Le développement d’une théologie islamique française

La théologie est à la religion ce que représente pour la philosophie l’histoire des idées.

Il s’agit d’expliciter l’esprit des textes fondateurs selon nos propres contextes, comme, pour ce qui est de la philosophie occidentale, la confrontation reste d’actualité entre le primat de la culture chez Voltaire et celui de la nature chez Rousseau, lesquels de primats trouvent, toujours, de nouvelles interprétations. Même en religion, l’Histoire n’est jamais terminée car celle-ci est synonyme de « diachronicité », d’évolutions.

Or, l’insertion en France (et en Europe) d’une population musulmane nombreuse, une situation nouvelle à l’échelle de l’Histoire, est porteuse d’avenir. Elle donne l’occasion à l’islam de se confronter à des problèmes inédits.

Ainsi du cas de la conquête spatiale. La France, en coopération avec les autres pays européens, et en partenariat avec d’autres puissances, dont les Etats-Unis, participe à ce chapitre important de l’histoire humaine. Même si elle ne possède pas la capacité autonome d’envoyer des hommes dans l’espace (seuls la Russie, les Etats-Unis et la Chine ont réussi cet exploit), des Français ont « foulé le vide intersidéral » en participant, par exemple, aux missions de la Station internationale. Des musulmans, d’ailleurs, s’y sont aussi déjà rendus. Il se pourrait qu’à l’avenir des musulmans français, ou occidentaux, se destinent à la vocation de devenir astronautes. L’islam de France se doit donc de débroussailler le terrain : la question du jeûne dans l’espace, et de la compatibilité de ce commandement religieux, qui impose des privations, avec la dureté des efforts imposés par l’extraction gravitationnelle ; celle de la détermination des horaires et de la direction des prières, quand on sait qu’elles doivent idéalement être accomplies sur Terre en des temps déterminés par la course du soleil, et en direction de La Mecque ; celle enfin du statut des futurs zones d’habitation sur la Lune ou sur Mars, lorsque l’homme, dans un futur plus ou moins lointain, s’y installera définitivement.

La réponse à ces problématiques peut paraître farfelue. Mais ce domaine a déjà été abordé, par exemple, par la Malaisie. Et, en réalité, tout en contribuant au développement intellectuel des religieux qui aborderaient cette question, et en insérant les musulmans dans toute pensée sur l’évolution même de la société française, cette réflexion permettrait de fixer un protocole.

Car, si l’on y prête garde, le bouillonnement intellectuel est de mise au sein de l’islam français. Entre la méthode « ramadanesque » en trois temps qui part des textes fondateurs, puis de ce qui a été interprété au fil du temps sur tel ou tel sujet, pour enfin aboutir à une interprétation valable dans notre contexte, et la sharia de la minorité de Tareq Oubrou comprise comme une proposition théologique nouvelle pour rendre compte d’une situation tout aussi nouvelle, en passant par l’appel à la sortie de la religion traditionnelle assénée par Abdennour Bidar, ou l’utilisation, professée par Moreno Al Ajami, de l’esprit critique à utiliser vis-à-vis des différentes interprétations historiques, en ne prenant appui que sur les textes fondateurs, entre tout ceci donc, la recherche d’un paradigme théologique applicable pour les ouailles musulmanes de ce siècle et de ce lieu est LA grande question. Se servir de la conquête spatiale pour donner naissance à une méthodologie permettant l’accouchement d’un nouveau cadre théologique que l’islam français adopterait dans le but d’instruire toutes ces nouvelles questions suppose donc, avant tout, qu’une confrontation entre ces « écoles contemporaines » puisse avoir lieu. Quoi donc de mieux qu’un islam gallican, organisé dans des institutions indépendantes de l’étranger, pour entreprendre ce travail immense de réforme ?

Un islam gallican pourrait s’attaquer à une multitude de sujets. J’ai déjà abordé dans un autre texte en faveur de l’émergence d’un islam gallican deux de ces problématiques : les prénoms, et la fixation d’un calendrier musulman commun dans le monde entier.

Je terminerai ce texte par la réflexion théologique menée sur les mariages interreligieux. Alors que traditionnellement, l’islam historique a toujours autorisé l’homme à épouser une femme appartenant aux « Gens du Livre », mais a interdit l’inverse, existent aujourd’hui des démonstrations pouvant amener à penser que l’interdiction faite aux femmes musulmanes de se marier avec un non-musulman n’avait de fondements ni dans le Coran, ni dans la Sunna. La démonstration la plus convaincante en ce sens est celle présente chez Moreno Al Ajami, que j’invite tout lecteur curieux à découvrir.

Tout cela pour dire qu’à l’heure où existent dans notre pays de nombreuses femmes musulmanes ayant épousé des hommes d’autres religions, un islam gallican aurait à développer une réponse théologique à ce fait de société, irrémédiablement amené à se développer du fait du côtoiement de plus en plus fort qui existera entre les différentes communautés. Ceci doit être fait en toute objectivité, sans anathèmes, et, toujours, dans un esprit de concorde entre les différentes sensibilités. Avec, en arrière-fond, l’idée qu’à la différence de l’Eglise catholique, l’islam, selon l’immense majorité des musulmans, n’émet pas d’excommunications, car Seul Dieu connait le contenu des poitrines (Coran : s.39, v. 7). Personne ne pourra donc accuser ces femmes d’être des non-musulmanes, car cela est interdit en islam tant qu’elles se disent elles-mêmes musulmanes.

Conclusion

L’islam gallican ne peut ne pas prendre en compte la laïcité, spécificité de la France. Celle-ci doit, à son tour, trouver les moyens pour en favoriser l’émergence, sans toucher à son propre cadre institutionnel profond.

Surtout, ce qui est une occasion donnée par le destin, l’islam de France est à la croisée des chemins. Il a la chance de jouer un rôle historique : celui de dynamiser un travail de production théologique, et ce, en fonction d’une sagesse temporalisée à son époque et à l’abri de la souveraineté exercée par le peuple français au sein de notre République.

Publié le 20 février 2015 sur le blog de Médiapart :

http://blogs.mediapart.fr/blog/adel-taamalli/200215/essai-de-definition-de-l-islam-gallican

Essai de définition de l’islam gallican

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mehdi mountather 14/04/2015 12:40

Ces séismes dans le monde des avertissements d'ALLAH pour les êtres humains avant la fin du monde si la fin du monde 17.4.2015 aux non musulmans de convertir a l'islam et aux musulmans d'appliquer le Coran a 100% pour éviter la panique et l'enfer ALLAH dit ( Ô hommes ! Craignez votre Seigneur, car le tremblement de l'Heure dernière sera quelque chose de terrifiant ! Le jour où il se produira, toute nourrice oubliera son nourrisson, toute femelle enceinte enfantera avant terme et les hommes donneront l'impression d'être ivres, bien qu'ils ne le soient pas, car le châtiment de Dieu sera terrible.) 1 et 2 Sourate Al-Hajj merci